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Même s'il se savait la cible de reproches et d'attaques de plus en plus virulentes, il ne s'imaginait pas que le cap de la violence physique serait franchi. Dimanche vers 18 h 30, les fidèles sortent de la salle de prière de la maison Lahire à Talence. Parmi eux, Mahmoud Doua, venu en voisin puisqu'il habite le même quartier de Thouars. Deux hommes l'interpellent alors à propos de l'émission « Mots croisés » à laquelle il a participé au début de la semaine (1) et dont le thème était le port de la burqa. « Tu n'as pas défendu les musulmans », m'ont-ils reproché, racontait hier M. Doua. « Et je me suis retrouvé à terre. »
Contre une loi
Un doigt foulé, un choc au niveau de l'oreille : l'ITT n'est que d'une journée mais le choc psychologique, pour l'agressé et la communauté musulmane de l'agglomération bordelaise, est grand. C'est en effet la première fois que des musulmans radicaux en arrivent à ce stade. Paradoxalement, Mahmoud Doua n'avait pas défendu une position « légaliste » et répressive sur le plateau d'Yves Calvi.
« Légiférer sur ce sujet n'est pas pédagogique », estime l'enseignant vacataire en anthropologie du monde arabo-musulman à l'université de Bordeaux 3. « En cas d'oppression caractérisée, des services sociaux existent. Il y a en outre là un risque de stigmatisation de la communauté musulmane. Enfin, l'esprit de la laïcité selon ses fondateurs comme Jaurès ou Briand n'est pas un État qui régularise la visibilité religieuse. »
Ces arguments exposés face à des interlocutrices comme la ministre Fadela Amara ou Élisabeth Badinter ont donc été jugés trop ouverts par certains. « Ce sont des jeunes que je connais, qui habitent le même quartier que moi. Pour eux, nous avons un discours trop intégré, trop républicain », explique Mahmoud Doua, qui assure l'enseignement et le prêche du vendredi à la mosquée de Cenon.
« Je n'ai aucune haine »
Le nombre de ces musulmans qui se déclarent salafistes est estimé à une cinquantaine sur Bordeaux. « Il s'agit de jeunes, pour la plupart sans repères, agissant selon une dynamique de bande, dans la surenchère », analyse Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux et imam référent de l'Association des musulmans de Gironde (AMG). « Ce qui s'est passé est grave mais malheureusement prévisible. » Une enquête est en cours pour identifier les deux jeunes gens, dont Mahmoud Doua ne connaît que les prénoms. Après hésitation, il a porté plainte et l'AMG s'est portée partie civile.
« Je n'ai aucune colère ni aucune haine, tient-il à préciser. Mais je veux que le droit s'applique. L'islam doit s'intégrer dans les lois de la république. » Et Jawad Rhaouti, président de l'AMG, de conclure : « Comme l'a dit lors du débat Mme Badinter, la première victime de cette affaire est la communauté musulmane. » Hier, la personne la plus en colère était peut-être la femme de Mahmoud Doua, Sultana. « Je veux bien être veuve, mais pas à cause de la burqa, tonnait-elle non sans humour. Mais je suis inquiète. » Vendredi, son mari sera à la mosquée de Cenon pour le prêche, comme d'habitude.
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http://www.sudouest.com/accueil/actualite/france/article/642383/mil/4797666.html
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